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26.Rallier les jeunes
Les jeunes vont être 800 000 à voter pour la première fois en 2007. Sera élu-e, celui ou celle qui les ralliera, sans les singer, ni les assigner. Au début, les politiques croyaient qu’il fallait les singer : un jean, une chanson, une moto, une expression à la mode, n’importe quel mauvais conseil de n’importe quel mauvais conseiller suffisait. Mais les jeunes –excusez cette facilité et généralité de langage- ont besoin d’adultes en face d’eux pour s’opposer et se construire. Maintenant, pire, les jeunes sont assignés : -À pauvreté d’abord. Les pauvres étaient les plus âgés, ceux qui incarnaient un monde en disparition (ouvriers agricoles, travailleurs sans qualification, etc), aujourd’hui, la société réserve aux jeunes la flexibilité et les risques de mobilité sociale descendante, l’absence de débouchés professionnelles aux études. -À résidence ensuite, chez leurs parents. -À origine aussi. Parce que, quand ils sont filles et fils d’immigrés, ils ne sont considérés qu’en fonction de cette origine qui devrait les résumer. -À surveillance enfin, lorsque Sarkozy brandit la délinquance juvénile à coups de descentes médiatiques dans les cités abandonnées. Pourtant, si les jeunes ne contestent pas le système, ils sont capables de se mobiliser contre Le Pen ou Bush, de choisir un vote protestataire, de faire grève jusqu’au bout (chez MacDo) plutôt qu’un arrêt de travail syndical et policé de 24 heures... Les 18-25 ans sont 5 millions (13% des électeurs). Sera élu-e celui ou celle qui leur permettra de ne plus avoir l’impression qu’ils arrivent toujours en retard partout. 
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25.Rassembler
Comment fédérer le peuple français qui imagine volontiers sa vie privée heureuse mais parvient mal à se projeter dans un bonheur collectif ? Mitterrand avait la formule de "La Force tranquille", il serait amusé de sa postérité... C'est ainsi que Sarkozy fait le pari de la rupture et de la guerre pour s’imposer. Après tout, depuis 1981, l’alternance est la règle à chaque élection législative (1986, 1988, 1993, 1997, 2002). Sauf que cette rupture est une pose opportuniste, une stratégie récente chez Sarkozy qui écrivait en 1995, dans un livre d’entretiens : « Plus la société est fragile, moins le discours doit être brutal (...) La meilleure façon de faire avancer une société, c’est de la rassurer, non de l’inquiéter ». Conscient qu'il risque d'inquiéter dans les chaumières, il synthétise le tout dans son slogan de "Rupture tranquille". Royal fait le pari de la paix aménagée avec son « ordre juste » qui rappelle directement « La Force tranquille » du Mitterrand de 1981, promettant un mieux, des réformes, sans souffrance, ni vaincus. Cela s’inscrit aussi dans « La France unie » de 1988 ou « La Fracture sociale » de 1995. Sarkozy veut tout changer en s’imposant par la division. Royal risque de ne rien changer en reflétant ce que chacun désire. Noirs desseins contre blanche colombe ? Deux stratégies opposées mais une ambition commune. Et nous dans tout ça ? 
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24.Apprivoiser ses peurs
Sarkozy n’est pas américain, il est bushiste. Comme le président des Etats-Unis, il fédère sur la peur. Sarkozy ne rassemble pas les Français sur un projet collectif émancipateur, il agrège par la haine les communautés qu’il encourage. Il privilégie le « vivre entre nous » plutôt que le « vivre ensemble » comme le dit Alliot-Marie. Cela a marché pour Bush et sa tribu de néo-conservateurs, les néo-cons (Rich). De France ou d’Amérique, les néo-cons agitent la crainte de l’étranger, diffusent des mensonges (sur l’Irak et ses armements par exemple), intimident jusqu’à paralyser le sens critique, font sauter tous les filtres de la raison et des contre-pouvoirs qui protègent habituellement des préjugés et des amalgames.Ils ne sont pas des conservateurs classiques qui défendent les valeurs traditionnelles de la droite, ils sont des paranoïaques qui subvertissent les valeurs.Si cela ne vous rappelle rien, relisez Vercors.

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23.Oser la cohérence
La stratégie générale de Sarkozy et de Royal est de coller à l’opinion. Pourquoi pas. Sauf que, du coup, leur programme aboutit à une juxtaposition de mesures de marketing sans vision d’ensemble. À chaque communauté, sa mesure. À chaque client, son sourire. La stratégie de séduction tout azimut regorge de contradictions. Sarkozy et Royal lancent des thèmes -l’autorité, la sécurité, la carte scolaire-, mais ne s’aventurent jamais dans la cohérence. En fait, leur programme, c’est d’abord eux. Côté Sarkozy, c’est la caricature et les contradictions. Caricature : il veut rompre avec le modèle social français quand sa femme le quitte, puis joue les médiateurs lors de la crise du CPE quand elle revient. Il se radicalisera à nouveau quand elle repartira. Sa seule cohérence est dans sa personnalité et dans son ambition personnelle. Contradiction quand il se vante d’avoir supprimé la double peine tout en déclarant en novembre 2005 : « Nous expulserons les jeunes étrangers ayant participé aux émeutes ». Côté Royal, elle a su éviter les premiers écueils : ne pas rester antilibérale et ne pas multiplier les promesses d’un retour au statu quo ante. Mais, plutôt que de l’entendre sur les thèmes classiques de la droite, j’aimerai l’entendre sur les valeurs des salariés qui ne sont plus portées par les entreprises (regardez Aubade qui délocalise), la sacralisation de la propriété privée jusqu’à une crise du logement sans précédent, les injustices de la redistribution fiscale ou l’avenir du service public. En novembre 2005, les syndicats ont agité en vain la menace d’une privatisation rampante de la SNCF sans émouvoir l’opinion. Le débat n’a donc pas été ouvert. Pas vu, pas pris (en compte) ? A-t-on besoin de la gauche pour cela ?
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22.Redéfinir « l’exception française »
Avec la réunification et l’ancrage européen, l’Allemagne a poursuivi son « long chemin vers l’Occident » et a mis fin à son « Sonderweg » ou « chemin particulier » (Winkler) depuis les Reich, la République de Weimar et les deux Allemagne. Elle est devenue une démocratie comme les autres. Et si les élections de 2007 étaient l’occasion, pour la France, de mettre fin à son « chemin particulier », à son « exception politique » ? L’exception politique française ne doit plus être : -des discours éloignés des pratiques depuis les mystifications gaulliennes jusqu’aux révolutionnaires parisiens. Il faut en finir avec ces horizons jamais atteints. Pourquoi toujours remettre aux lendemains ce que l’on peut chanter aujourd’hui ? -le principe aristocratique appliqué par la République qui trahit, en fait, un mépris pour la démocratie et une crainte du peuple -le mythe de la souveraineté absolue créé par les rois de droit divin, entretenu par la flamme révolutionnaire et réinterprété par de Gaulle sous couvert d’un verbe onirique et du parapluie nucléaire. Ce mythe masque les réalités de la construction européenne et d’une souveraineté de plus en plus partagée. En revanche, l’exception politique française, doit être : -la richesse des nuances politiques, depuis les droites (Rémond) jusqu’à la gauche plurielle -la recherche de sens avec les querelles culturelles, intellectuelles ou idéologiques et les débats permanents sur le rôle de la France, notamment en Europe -les combats contre la fatalité et l’ordre établi, le non-conformisme politique.

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21.Éviter le grand écart
À chacun de ses passages au gouvernement, la gauche a mesuré l’écart entre ses discours enflammés et sa réalité éteinte. Comme l’écrivait Le Canard enchaîné, les socialistes de 1981 sont ainsi passés de « changer la vie » à « changer d’avis » avant de finir par « changer leur vie ». Le grand écart –appelé aussi « promesse de candidat » avant les élections et « mensonge d’État » après les élections- est cependant une spécialité française dans laquelle les gaullistes aussi excellent. Les socialistes parlent de rupture et finissent par s’intégrer dans le monde tel qu’il est. Les gaullistes parlent de grandeur et sombrent dans les basses œuvres. Parce qu’en France, on préfère toujours raconter la légende.
C’est ce que fait Villepin. D’un côté la belle épopée de la France qui gagne, le patriotisme économique et un certain panache hérité de son opposition à la guerre américaine en Irak. De l’autre côté, des parlementaires traités de « connards » dont l’organe principal serait le « trouillomètre », des réformes contestables passées en douce en août (le Contrat nouvelle embauche –CNE) et un gros soupçon de barbouzerie dans l’affaire Clearstream. Quand, l’État est pris en otage par la rivalité avec Sarkozy, quand, de la légende, il ne reste que des ambitions personnelles, il vaut mieux s’en tenir à la réalité. Cela s’appelle ne pas prendre les gens pour des cons.

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20.Ne plus gesticuler
La dramatisation de la situation est bien pratique. D’un côté, on oublie l’impuissance économique et sociale, de l’autre côté on gesticule. Les gesticulations de la droite alimentées par un discours de la peur et de la paranoïa généralisées même plus réservées à la seule extrême-droite, justifient la politique sécuritaire. Les gesticulations de la gauche encouragées par un discours angélique même plus réservé à la seule extrême-gauche justifient la politique des marges. Les sans-papiers quand personne ne s’intéresse aux immigrés de seconde ou troisième génération, les homosexuels quand personne ne s’intéresse à la condition des femmes, le loup et l’ours quand personne ne s’intéresse aux milliers de volailles élevées en batterie. La multiplication des commémorations est l’autre visage de ces gesticulations. C’est fou ce que l’on commémore. Mais les commémorations ne sont que la fuite en avant d’un pouvoir impuissant singeant la force du passé, illégitime singeant l’enracinement, lâche préférant distraire le peuple et culpabilisateur s’intéressant aux esclaves morts depuis 3 siècles sans s’occuper des précaires d’aujourd’hui. Ces gesticulations évitent d’aborder la question centrale des rapports économiques, des inégalités réelles et massives, de la propriété, du chômage de masse, de la souffrance salariale, de l’individualisation du travail qui laisse chacun seul... Et les gesticulations ne profitent jamais à la gauche. Ses électeurs ont le sentiment d’une régression sociale, d’une menace constante sur leur emploi, d’une perte de pouvoir d’achat… qu’aucune réforme comme le PACS ne viendra contrebalancer.
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